Critique film split

Published on mars 18th, 2017 | by Marc

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Split

Casey Cooke et ses deux amies se font enlever par un homme schizophrène qui les séquestre. Elles vont essayer de s’échapper avant que la dernière personnalité meurtrière du schizo apparaisse…

Split est le 13ème film de Night Shyamalan. Il sort en Septembre aux Etats Unis et le 22 Février 2017 en France avec un budget de 9 M $ ce qui est un budget faible par rapport à la moyenne de ses productions (48.8 M $) . Productions qui alternent entre des très petits budget entre 5 et 10 M $ et des budget beaucoup plus conséquents comme celui de After Earth 130 M $ et celui des Maitres de l’air 150 M $. En moyenne les films de Shyamalan rapportent en moyenne 5,42 fois le budget initial et tous ces films ont été bénéficiaire sur le long terme à l’exception d’Eveil à la vie son 2ème film qui à coûté 6 M $ et qui en a rapporté 0.28 M…

10 Films notables sortis la même année : Les Gardiens de la Galaxy 2, Star Wars VIII, Alien Covenant, La Tour Sombre, Kingsman II, Dunkerque, Trainspotting 2, Valérian et la cité des milles planètes, Blade Runner 2, Planète des singes III

C’est parti pour le test.

Histoire

12 / 20

Enlèvement d’une jeune femme séquestrée par un psychopathe, c’est pas le pitch du siècle. Maintenant ce n’est pas une jeune femme, mais trois. Et ce n’est pas 1 psychopathe mais 24 ! C’est donc clairement la surenchère. Est ce pour autant que le film sera meilleur ? Peut être bien. Déjà, ce n’est pas 24 psychopathes à proprement parlé mais 24 dans un seul et même corps. Ça pour le coup c’est plus original, non pas que la schizophrénie soit un sujet délaissé au cinéma, bien au contraire, mais jamais un scénariste n’avait poussé la gageure à 24 personnalités.

Alors curieux, oui, impatient, non. On peut craindre que la présentation des 24 personnalités soient lourdingue et qu’aucune soit vraiment développée. Après pour ce qui est de l’enlèvement et de la séquestration, on peut s’attendre à un montage en parallèle avec les parents inquiets qui recherchent leur gamin, et ces même gamins qui essayent de s’évader du repère du psychopathes. Et sans doute que s’il y a autant de protagoniste, c’est certain vont mourir.  Reste plus qu’à voir ce que le scénariste nous a réservé.

Histoire banale dans le fond, mais originale de par sa démesure.

Scénario

8 / 20

Alors est ce que le scénariste va tomber dans tous les poncifs auquel on est en droit de s’attendre ?

Place à l’autopsie du scénario. Commençons par le début : trois jeunes filles sont dans un centre commercial, visiblement pour fêter l’anniversaire d’une des filles qui se prénomme Claire. On comprend rapidement qu’elle s’est sentie obligée d’inviter la cassos de l’école : Casey. Cette dernière s’est isolée toute seule, elle reste à part du groupe.

A ce stade deux choix possibles : soit Casey va être une menace, une sorte de dingue qui va mettre le groupe en péril, soit c’est l’héroine. Il n’y a pas d’entre deux.

Claire essaye de dissuader son père de ramener Casey. Son père tient bon.

Claire, sa super amie Marcia, Casey et le père se dirige donc vers la voiture. Claire et Marcia sont des filles bien caractérisées adolescentes qui parlent de garçon et de fringues. Casey ne parle pas. On reste de son point de vue, c’est donc très probable que ce soit elle, l’héroïne, d’autant que les autres filles sont présentées comme des filles superficielles, donc passablement antipathiques.

Le père pose les courses dans la voiture, son attention est détournée par une personne qui vient à sa rencontre. Casey se rend compte par le biais du rétroviseur, que les courses du père ont été renversé. Une personne rentre à bord de la voiture et ce n’est pas le père. C’est un homme masqué. Il gaze les filles. Fin de l’exposition.

Qu’est ce qu’on peut en dire ?

Elle est rapide. En deux scènes, l’incident déclencheur intervient.

L’exposition est elle efficace ? En un sens oui.

On est rapidement dans l’action mais d’un autre côté, on ne sait quasi rien des personnages, si ce n’est qu’il y a deux amies et une fille solitaire que les autres filles n’apprécient pas. C’est peu, c’est mieux que rien, mais c’est peu. Et on sait qu’un démarrage sur les chapeaux de roue, c’est gratifiant sur le moment mais qu’on peut vite déchanter à cause de la faiblesse des enjeux ou de la pauvreté des personnages. Nous verrons bien comment s’en sort le scénariste.

On retrouve nos protagonistes dans une pièce au mur dont les pierres sont apparentes, la lumière faible, le sol est brute, on se croirait dans une grotte. Les jeunes femmes sont assises sur des lits rudimentaires. Les deux amies sur un même lit, casey seule sur un autre. Une fois de plus la volonté de marquer la différence entre les deux groupes, (il y aurait pu avoir trois lits, un pour chacune, c’est donc bien un choix délibéré) de plus comme pour marquer encore plus la différence, il y a une barre métallique fixée sur le mur du fond donnant la sensation qu’il y a une paroi entre les deux groupes de filles. C’est un détail de mise en scène, qu’il est difficile de ne pas parler ici pour appuyer la volonté de distinguer les filles entre elle. J’en parlerai plus longuement dans la rubrique mise en scène.

Quelqu’un vient. Les filles sont tétanisées. Un homme à lunette ouvre la porte. L’homme leur explique les règles de vie du lieu et il récupère au passage Marcia qui se débat. Il l’entraîne hors de la pièce sans que ses camarades ne puissent faire quoi que ce soit. C’est un homme, il s’équestre trois femmes. On se doute que c’est pas pour jouer aux tarots. Lorsqu’il entraîne Marcia, on sait que c’est pour la violer. Le sous texte sexuel est d’ailleurs très fort dans cette scène mais, on le verra, dans ce film aussi. Quels sont les indices qui me laissent penser ça ?

  • Premièrement : la logique.

comme dit plus haut, il y a bien une raison pour laquelle il a enlevé ses jeunes femmes, et c’est probablement des raisons sexuelles. On ne compte plus malheureusement les faits divers qui narrent ce genre d’histoire.

  • Deuxièmement : les vêtements et les positions.

Nous y reviendrons dans la mise en scène, mais nous pouvons rajouter à la liste des éléments inconscsplit1ients qui contribuent à suggérer le contexte sexuel. D’abord la tenue du ravisseur. Avec ses lunettes et sa coupe de cheveux, il ressemble au cliché du pervers sexuel. Ensuite les jeunes femmes, et surtout le groupe de Marcia et Claire. Casey est habillée au départ comme un sac, et elle est positionnée dans le lit comme un bloc pas sexy du tout. Par contre, Marcia et Claire sont les deux seules à porter des chaussures à talons, les jambes visibles, et Marcia a des bas, et Claire pose une main dessus pour attirer l’oeil du spectateur. Le sous texte est clair.

  • Dernier point : le dialogue.

Alors que Marcia essaye de trouver un moyen d’échapper à son ravisseur, Casey lui donne comme conseil d’uriner. Ce qui reviendrait à rendre moins désirable Marcia aux yeux du pervers qui renoncerait (peut être) à la violer.

Le sous texte sexuel est donc évident.

Bilan que ce passe-t-il ? Marcia est ramené dans sa chambre, l’entre jambe souillé par de l’urine, le pervers s’est ravisé. Le plan de Casey a-t-il fonctionné ? Le pervers s’est-il ravisé ? Comme le personnage Kevin (le psychopathe) semble nous le dire. Nous ne le saurons jamais. Quoi qu’il en soit, Marcia n’est pas violée, que les censeurs se rassurent. De plus on apprendra que Kévin voulait juste que Marcia danse nue avec lui… Dans un premier temps certainement.

Cette scène est, de mon point de vue, une erreur et est symptomatique du problème majeur du film.

Dans tous les films d’horreur qui se respectent, il y a une scène que nous appelons le « trauma ». C’est une scène très forte émotionnellement qui montre que le personnage antagoniste est dangereux. Ce qui fait que cette scène hante le spectateur systématiquement quand le héros est confronté à l’antagoniste. Dans psychose c’est la célèbre scène de la douche. Dans Alien c’est la scène du petit déj. Dans les Dents de la mer, c’est la scène d’intro, etc…

Ici si l’on fait le bilan. On a une première scène qui est surprenante (pour peut qu’on est pas lu le pitch, ce qui était mon cas) mais qui n’est pas forte. La scène du ravissement de la jeune femme aurait pu l’être, si elle n’était pas revenue et qu’on l’aurait entendu souffrir par exemple tout en restant du point de vue des deux jeunes femmes encore présentes dans la pièce qui se disent que c’est les prochaines à y passer. Une vraie tension aurait pu naitre. Ici, elle est annulée, d’une parce que Kévin ne va pas au bout, donnant un sentiment d’impuissance (dans tous les sens du terme) et de deux parce que la stratégie de se pisser dessus à fonctionner. Dans ce cas, elles n’ont cas toutes se pisser dessus et elles ne craignent plus rien de leur ravisseur. Du moins sexuellement. Il peut encore représenter une menace physiquement. Nous verrons qu’en fait il n’en est rien.

Revenons en au film. Une fois cette scène passée, nos trois jeunes femmes commencent à comploter. Clair qui se veut la leadeuse du groupe annonce qu’il faut liguer leur force et lui sauter dessus lorsqu’il reviendra. Bonne idée effectivement. Casey n’est pas de cette avis. On retrouve l’opposition légitime mis en place au départ du film. Mais alors pour qu’elle raison s’y oppose-t-elle ? Elle estime que Kévin est trop fort, il a pu les porter à bout de bras, il peut leur foutre deux tartes et elles seront KO pour le coup. Elles risquent de se retrouver toujours séquestrer, avec des bleus en plus. Donc inutile.

L’argument se vaut. Mais quand on est dans leur situation, perdu pour perdu, ça se tente. Mais bon, le scénariste a décrété que ce n’était pas une option, ce n’est donc pas une option valable. Reste que c’est bien qu’il l’est suggéré, car on se serait posé la question. Alors que faire ?

Elles n’ont pas le temps d’y répondre que Kévin se fait engueuler par une femme qui semble être de l’autre côté de la porte. Une personne en robe s’approche de la porte, on comprend à son ouverture que c’est en réalité Kévin habillé en femme. On appréciera au passage, la dramatisation et l’intro de ce personnage qui fait penser à un hommage à Psychose de Hitchcock, il y en aura d’autre, notamment à Shining.

Kévin habillé en femme, se fait appelé Patricia. Elle donne l’impression d’être stricte et coincée. Elle dit aux jeunes femmes que Kévin, qui habillé en pervers s’appelle Dennis, ne s’en prendra plus à eux et qu’elle s’excuse.

On peut comprendre pourquoi le scénariste a tenter ce coup, qui est à double tranchant. D’un côté, on pourrait se dire : ce type n’est peut être pas un pervers sexuel, mais il a une case en moins et peut éventuellement avoir un excès de fureur et les tuer. De l’autre, on pourrait se dire : ce type est ridicule.

Pour ma part c’est la seconde option.

Dans psychose, ce qui fait que ça marche, c’est que lors de la révélation finale (je ne dirais pas en quoi) il y a stupeur, parce qu’on ne s’y attend pas, parce que le comédien est animé d’une folie (que n’a pas James Mc Avoy) et enfin parce que cette révélation est à la fin et que la lumière dramatique mais la scène en relief. Ici c’est frontal, c’est au début du film, et c’est pour s’excuser… Si encore le personnage était menaçant… mais ce n’est pas le cas.

Avançons dans notre histoire a grand trait :

Le bon professeur Fletcher

Kévin va voir en parallèle de la séquestration des jeunes femmes, une psychologue qui s’appelle Karen Fletcher. Et là on essaye de nous faire avaler une assez incroyable incohérence. Jugez plutôt :

Fletcher est une sommité dans son domaine, elle donne des conférences à travers le monde. Elle voit régulièrement Kévin (qui ne se présente pas à elle en tant que Kévin, mais sous le nom d’un artiste) mais peut importe car le docteur Fletcher connait les 23 personnalités de Kévin et elle présent d’ailleurs l’émergeance d’une 24ème. Bien. Ce qui veut dire que notre bon professeur, sait que Kévin a, dans ses 23 personnalités, une d’elle qui est le pervers névrosé qui aime faire danser les jeunes femmes nues avant de les violer. Bien. Alors comment se fait-il que Kévin soit toujours en liberté ?!!!

Ce type est un dingue en puissance et on le laisse dans la nature. Ce qui nous amène à ce paradoxe :

  • soit c’est un grand professeur et dans ce cas là, elle ne peut pas, ne pas voir que Kévin est un danger en puissance. Et dans ce cas, le fait de le laisser en liberté, atteste qu’elle n’est pas si forte que ça.
  • soit elle n’est pas si forte que ça, et dans ce cas là comment fait elle pour tenir des conférence à travers le monde et distinguer non seulement toutes les personnalités de Kévin, mais surtout parvenir à sentir une nuance qui n’appartient à aucune autre et qui s’avère être la 24ème, seul un grand professeur peut y parvenir.

Reprenons l’histoire. Notre professeur va donc régulièrement avoir la visite de Kévin et ensemble ils vont discuter de la vie imaginaire de Kévin. Le professeur va au fur et à mesure se dire qu’il y a peut être (enfin !) un problème la poussant à aller chez Kévin.

Il y aura un montage alterné avec le quotidien des filles dans leur cave et avec l’enfance de Casey.

D’ailleurs vu qu’on va parler du père de Casey, à aucun moment dans le film, les parents des enfants enlevés vont se manifester. Aucun. Leur gamine ont disparus, ce n’est pas grave. Alors pour Casey, il y a des raisons, mais pas pour les autres. Tout ceci contribue à faire qu’on y croit pas. Soit on est 100% du temps dans la cave avec les filles. Soit il y a un montage alterné entre les deux réalités. Et comme ici c’est le cas, il faut que l’extérieur réponde à quelques règles, et celle de la cohérence en font partie.

Flashback

Parlons de la partie sur l’enfance de Casey. On y voit la petite (Casey doit avoir entre 6 et 7ans) partir à la chasse. Déjà voir une gamine avec un fusil, pour nous français, c’est peu courant pour ne pas dire choquant, mais pour les Etats Unis, c’est peut être normal. Reste que si ce n’est pas le cas, il y a alors un indice, très bien vu par le scénariste, c’est que voir un enfant avec un fusil, c’est contre nature.

 Et toute la séquence dans la forêt véhicule ce sentiment, dérangeant, jusqu’au moment, de l’explication. Ces scènes dans la forêt marche bien, et contribue, à la fois, à donner de la personnalité au personnage de Casey et à véhiculer le champ lexical du film qu’est la perversion. Et dans ce film on peut même dire, la perversion et ses conséquences.

Dans la cave

Revenons en maintenant à la partie qui est la plus longue dans le film qui est celle avec les jeunes femmes dans la grotte.

Les filles rencontrent une des personnalités les plus faibles de Kevin qui s’appelle Hedvige, c’est celle d’un enfant. Casey, pas bête, essaye de l’amadouer pour trouver une sortie. Mais l’enfant prend la fuite, il laisse cependant une info, la cave possède des faiblesses de construction, il va s’avérer que c’est le plafond.

Les filles commencent à faire un trou dans le plafond, mais voilà que le psychopathe arrive. Scène classique mais non moins efficace, de tension. Vont elles parvenir à sortir avant que le psycho n’arrive ? C’est Claire qui tente de sortir.

Le psychopathe arrive juste au moment où Claire parvient à fuir dans la canalisation du plafond, s’ensuit une course poursuite dans les dédales (du Labyrinthe avec le Minautore, autre référence) des couloirs, Claire ne trouvant pas de sortie décide de se cacher dans un casier.

Kévin la grille et… plusieurs options :

  • il lui défonce le crane.
  • la traine par les cheveux jusque dans sa cellule avec ses camarades
  • lui lave son pull

Et bien, option 3, vous avez bien lu. Même si symboliquement, c’est une sorte de viol, il lui demande d’enlever son pull, ce qui révèle (en partie ce n’est pas le genre de la maison !) sa nudité, elle se retrouve en soutient gorge, toute tremblante, de peur qu’il ne lui demande plus. Ce ne sera pas le cas. Mais symboliquement c’est plus que le pull qui est retiré. Néanmoins si on oublie le symbole, deux secondes, dramatiquement c’est l’erreur fatale.

On comprend que ce psychopathe est totalement impuissant. Il est même inoffensif.

D’abord parce qu’il ne peut attenter à leur intimité, et il ne peut pas non plus les violenter. Il ne fait qu’être une entrave. Et finalement, une entrave on finit tot ou tard par s’en débarasser, ce n’est qu’une question de temps.

Et c’est ce qui se passe dans se filme. On attend. On attend que la 24ème personnalités émerge parce qu’elle se prénome la bête. On remarquera que ce mot à une double connotation : à la fois violente et sexuelle. Mot qu’animal par exemple n’a pas. Mais on dit bien être une bête au lit, et une bête sanguinaire. On pense donc qu’une fois « la bête » arrivée, il va y avoir une opposition digne de ce nom.

Parce que pour le moment, il n’y a pas de réel enjeu. Les filles vont tenter à plusieurs reprises de s’enfuir. Et les conséquences sont les suivantes : Marcia va perdre son collant pour se retrouver en culotte et Casey va devoir prier pour se faire pardonner… Wouah ! ça c’est de l’enjeu !

Et une fois la bête arrivée ?

Et bien c’est effectivement mieux, la créature tue, inquiète et pourchasse, mais trop tard. C’est la fin du film. Le personnage de Kévin est déjà tellement décridibilisé qu’il rame pour nous faire frémir.

Et la confrontation finale pourrait être intéressant. Casey se retrouve face à Kévin en mode bête. Et alors qu’elle ouvre le feu sur lui, comme lorsqu’elle était petite face à son oncle, la scène fait sens. Mais le problème survient au climax de cette scène. La créature semble inarrétable et elle se stoppe parce qu’elle se rend compte que Casey a souffert comme lui… En effet elle a des cicatrice au ventre… Ah… Et ?… Et c’est tout…. Ah…

Casey retrouve son Oncle douteux, et la créature que l’on croyait disparut, et en réalité plus en forme que jamais et s’apprête à commettre d’autre méfait.

Ah.

Mais alors il n’y a pas de fin ? Le film ne résout pas toutes les intrigues, on reste donc sur sa fin.

Alors gros ratage ? Non pas complètement.

Le film effectivement a un personnage antagoniste raté. Je n’hésite pas à le dire. C’est cruel par rapport à James Mc Avoy, mais c’est la pure vérité.

Reste que le film tente des choses. Comme je l’ai dis, il y a tentatives de sous texte, qui marche plutôt bien, je détaillerai ça dans les autres catégories. Il y a une volonté à travers le scénario, somme tout assez banal, de parler de la perversion et du traumatisme. Le soucis majeur, c’est qu’il est suggéré mais pas traité, ou alors assez maladroit.

Le scénario démarre très vite, mais assez rapidement on comprend que d’une : qu’il n’y a pas d’antagoniste et de deux : que le film est basé sur l’attente. Alors on attend, pour avoir au final… pas grand chose.

Lumière

14 / 20

Il y a un vrai travail de la part de Mike Gioulakis. Il y a un jeu de lumière avec le orange (couleur chaude) associée principalement à l’enfance traumatisante de Casey, et à la pénombre au couleur plus grisatre, à la lumière contrastée, froide de la cave et plus le film avance, plus le orange s’imice dans l’environnement de la cave, comme une réminiscence de la scène de la forêt de l’enfance de casey. C’est bien vu.

Et on appréciera également quelque jeu de lumière bien vu pour ce genre de film, comme la scène finale avec les lampes qui disparaissent et où l’on distingue la créature qui progresse dans les tunnels inexorablement sur les talons de Casey.

Beau travail, bien réfléchi, avec quelques audaces.

Direction comédien

11 / 20

Un comédien qui incarne 24 personnalités, obligé, il mérite l’oscar ! Et bien non, la preuve : James Mc Avoy.

Tout d’abord, il n’incarne pas 24 personnalités, s’il en incarne 7 c’est le bout du monde. On suggère les autres, et heureusement ! Parce que présenter les 24 personnalités en 120min c’est accordé en moyenne 5min par personnalité ! Et on parle juste de présentation ! Donc heureusement, que le scénariste n’est pas parti dans ce délire. Reste qu’on frole la publicité mensongère. Mais ça c’est un autre problème. Revenons en à la performance de James. Elle n’est pas ridicule. Le type mouille le maillot. Il s’y donne à coeur joie et ça se voit. Maintenant est ce qu’on y croit ?

Oui pour la plupart. L’artiste, le pervers névrosé, la femme, et le gamin. Oui. La bête, moins. Mais à sa décharge, il y a une telle attente sur cette créature, qu’on est forcément un peu déçu lorsqu’on la voit. D’autant qu’elle n’a rien de particulier (bon elle marche sur les murs ok) que le comédien qu’on a vu tout du long du film. Là aussi il y croit, James ne se regarde pas jouer, et Dieu sait, qu’il est parfois bien ridicule. Mais il y va. Et rien que pour ça, James, je te dis bravo. Maintenant, il y a un manque. Lequel ? Ce personnage de Kévin n’est pas juste multiple, il est fou. Et je ne sens pas cette folie. Je la vois bien sûr, je la comprends évidemment, mais je ne la ressens pas.

Il manque ce moment où, à travers une interprétation, on voit le spectre glaçant de la folie. On le voit quand Anthony Perkins joue dans Psychose (la scène du squelette). On le voit quand Jack Nickolson joue dans Shining (la scène du bar) On le voit dans Anthony Hopkins dans le Silence des Agneaux (dans la cellule). On ne voit chez James Mc Avoy qu’une posture, qu’une attitude, mais pas de spectre. Et ce manque est fatal, pour l’interprétation, mais aussi pour le film.

Parlons maintenant des filles. Haley Lu Richardson d’abord, son personnage est, comme celui de Jessica Sula très limité. Ce sont des filles artificielles dans la vie, mais qui se retrouvent en mode victime dans le repaire du psychopathe. Haley tantôt chouine, tantôt veut faire la fille forte. Mais dans les deux cas, on y croit pas. Ce qui est une prouesse qui mérite d’être soulignée. Passons à Jessica Sula, elle chouine aussi, avec plus de crédibilité que sa copine, mais elle n’a pas le côté fille forte, alors forcément c’est plus limité. Voilà. Belle performance. Reste que les deux comédiennes sont charmantes ce qui rend supportables la faiblesse de leur personnage (et de leur jeu).

Passons à l’héroine : Anya Taylor-Joy d’abord. Elle s’en tire mieux que ses camarades, mais de peu. Elle a pourtant plus de place pour imposer son jeu. Mais elle est fade. Souvent effacée, souvent faible, rarement juste. C’est bien simple, la comédienne qui joue son personnage jeune est plus juste qu’elle ! Est ce le rôle ? Est ce sa jeunesse ? Est ce son niveau ? Elle ne m’a pas convaincue.

Betty Buckley est plus concernée et fait le job. Elle n’a pas la place non plus pour donner plus. Mais elle apporte une certaine nuance et une variation de jeu appréciable entre sa toute puissance professorale au départ et son inquiétude lorsqu’elle réalise chez Kévin que quelque chose cloche.

Les comédiennes sont faibles à l’exception de Betty Buckley qui fait le job. Et James McAvoy a un rôle en or, il se donne a fond et redresse le niveau de l’ensemble du crash sans jamais atteindre les étoiles. 

Mise en Scène

15 / 20

Ah Night Shyamalan ! Ce type à force de parler de fantôme à fini par devenir invisible et par revenir d’entre les morts. On le croyait disparut et bien non, il est encore là. Bon. Mais a-t-il encore quelque chose à dire ? Est-ce le Shyamalan des débuts, celui de 6ème Sens ? Ou celui du Maître de l’Air ?

C’est clairement à reculons que j’y suis allé, parce que j’ai assez rapidement repéré à l’époque où les journalistes appelaient ce réalisateur : le nouveau Spielberg, que Night était largement surestimé. Un peu comme Xavier Dolan, ou Christopher Nolan à notre époque. Shyamalan utilise des guimicks qui peuvent abuser des journalistes qui n’ont pas de formation de cinéma (la quasi majorité) mais pas les gens du métier.

Autant dire que quand Shyamalan est cramé par ces mêmes journalistes que les carottes sont cuites, parce que ça veut dire que tout le monde le savait depuis belle lurette.

C’est donc l’histoire d’un type que l’on croyait mort qui revient parmi les vivants. Et alors ce film ? Il valait le coup qu’il revienne ?

Oui. Night a fait du bon boulot. Ce film a des défauts, on en a énuméré deux : le scénario et les comédiennes dont l’héroine. Avec des défauts comme ça la plupart des films ne s’en remette pas.

Mais ce film si. Grâce notamment à la mise en scène de Shyalaman. Elle apporte un réel plus. Prenons la scène d’intro de Kévin.

Gérée uniquement par le point de vue de Casey, par le biais du rétroviseur. On est du point de vue de l’Héroine. On distingue les choses sans trop en voir ce qui crée un suspense, on voit un personnage qui a de multiples facette à travers un miroir (code classique utilisé pour caractériser au cinéma la schyzophrénie (ex : Perfect Blue, Fight Club, fenêtre secrète, etc…)) et on voit une personne arrivée à la place du conducteur, c’est normalement le père, et c’est en réalité une autre personne (personnalité) c’est Kévin. Stupeur.

C’est parfait, fond et forme en adéquation.

Et des exemples comme ça, il y en a plein. Il y a aussi la caractérisation de la bête. Comme Shyamalan prend le parti de conserver le comédien pour l’incarner et qu’il est en mode bestiale, pour faire monter la tension, s’il est montré dès le départ dans son entier, la scène tomberait à l’eau direct. Mais Night par le truchement de plan furtif, fait monter la pression en suggérant plutôt qu’en montrant.

J’en avais parlé, il utilise beaucoup le sous texte dans sa composition d’image, dans la manière dont ses comédiens sont habillés, où les positions qu’ils ont. Les personnages comme je l’ai dis n’évolue pas, par contre leur tenue si. Et c’est une volonté (pour les costumes).

Marcia et Claire sont les deux seules à avoir des chaussures à talons, Casey a des chaussures plates. Marcia et Claire ont des collants, ce qui laisse entrapercevoir leurs jambes, celles de Casey sont cachés sous son jean. Marcia a des bas. (mis en valeur par la main posée dessus par Claire)

Puis Marcia et Claire vont laissé les chaussures à talons, puis Marcia va avoir les jambes nues (sans collant ni bas). Elle va ensuite perdre son short pour garder son slip. Claire, elle va conserver son collant mais va perdre son pull révélant son soutient gorge. Ce qui fait que, symboliquement, nous avons le bas d’une femme incarnée par Marcia et le haut d’une femme incarnée par Claire. C’est une femme nue, morcelée, (comme la personnalité de Kévin) incarnée par Casey. Casey qui plus le temps passe, se dénude également de plus en plus, pour révéler son ventre à la toute dernière scène. Passage qui est la révélation finale.

Toute cette orchestration est planifiée par Shyamalan et c’est bien vue.

Et il y a même des moments, où il est si fort, que je ne sais même pas comment il a fait, il faudrait étudier plan par plan pour comprendre comment il a fait. Le passage du flashback. Dès que le passage commence, et que l’on voit l’oncle de Casey. J’ai tout de suite pensé que c’était un pédophile, ce n’est pas que je suis divin, c’est que Shyamalan a du placer des indices qui font qu’à ce moment, le doute s’instaure. A noter que cette scène est entièrement filmé du point de vue de la petite Casey. Une fois de plus, c’est bien vue.

Maintenant, il faut bien qu’il y ait une ombre au tableau, tout n’est pas incroyable. Il y a quelques maladresses, notamment certains « retour point de vue » déjà pas aidé par le jeu de la comédienne principale, mais en plus souvent, il y a des problèmes de distances. Le plan est souvent vide, là où il nécessiterait une amorce de Kévin (car c’est souvent un retour point de vue de Casey sur Kévin). Le plan du coup fait vide, et nous sort de la scène, là où l’on devrait être captivé. J’ai ressenti ça dans la voiture (scène d’intro) lors de la première arrivée de Kévin dans la pièce des filles, dans la cuisine et enfin dans la chambre de Hedwige.

Enfin certaines directions de regard pas toujours cohérentes. Je vous invite a regardé le photogramme que j’ai mis dans l’article plus haut. L’héroïne regarde face caméra là où les deux autres regardent bord cadre droit…

Pour le reste, Shyamalan fait de l’or avec du plomb, ça ne reste pas pour autant le Shyamalan des grands jours, mais principalement parce qu’il n’est, je pense, pas épaulé d’un scénario suffisamment bon.

Et on appréciera les clins d’oeil à Hitchcock dans l’apparition de Patricia (à Psychose la scène où Norman Bates parle à sa mère) un raccord où un personnage reste dans le froid, c’est le même raccord que la mort de Jack Nickolson dans Shining de Kubrick, idem le plan en extrême contre plongé où Casey essaye d’ouvrir la porte, c’est le même plan que Jack qui essaye d’ouvrir le cellier dans Shining. Le passage où Casey cours à la fin dans les couloirs avec les tuyaux apparents m’a fait penser aux « griffes de la nuit » de Wes Craven lors de l’affrontement final avec Freddy dans la chaufferie. Et enfin la bête qui marche sur le mur à la spiderwalk de l’Exorciste de Friedkin. Et même un clin d’oeil à son propre film Incassable.

Une bonne mise en scène, graphique, inventive, c’est pas le retour du meilleur Shyamalan, mais c’est sans doute le départ du pire.

Son

12 / 20

Pour être franc, je n’ai pas fait attention à la musique et au son. C’est qu’ils doivent être bon. Une chose est sûre, c’est que Shyamalan a beaucoup perdu depuis qu’il ne travaille plus avec Howard Shore. West Dylan Thordson fait le job sans faire de vague mais sans brio.

Bon travail. Howard Shore nous manque.

Direction artistique

14 / 20

Plutôt bonne, j’ai parlé notamment des vêtements des comédiennes qui disparaissaient de manière programmé au fur et à mesure du film. C’est une idée qui marche bien.

Le choix des costumes est d’ailleurs plutôt bon, on comprend rapidement le milieu d’où viennent les filles. Le travail le plus impressionnant reste celui de Kévin. Il a au moins 6 tenues qui chacune traduis bien la personnalité qu’incarne James McAvoy et lui facilite la tâche.

Les décors quant à eux, sont sobres, il y a celui de la cellule des filles, qui fait penser au repère d’une bête avec ses pierres apparentes, et les lumières en douche qui font penser à des torches. L’ambiance rend bien.

La chambre d’Hedwige est en revanche peut être pas assez dingue. Une fois de plus, même constatation que l’interprétation de James, ça manque de folie et peut être que l’ensemble des lieux font finalement un poil vide.

Des costumes bien caractérisants, des lieux dans le ton. Bon travail.

Effets Spéciaux

12 / 20

Pas grand chose, ce n’est pas un film à effets spéciaux. Cependant, il y a un personnage qui marche sur le mur, plutôt correct, même si on sent l’incruste. Il y a de la tripaille de corps à la fin, correctement exécuté. On est dans l’efficace pas le spectaculaire et c’est tant mieux.

Suffisants.

EN RESUME

SPLIT est :

– un bon film de Night Shyamalan

– avec une lumière intelligemment conçue

– tout en sous texte

– avec des comédiennes charmantes et…

– … avec des comédiennes qui ne savent pas jouer justes

– vendu avec 24 personnalités pour une utilisation de 7

– avec la très bonne interprétation de James McAvoy

– un film de tension plus que de peur

– avec une fin sans final « à chute »

– avec une fin sans final du tout…

– avec un flashback bien travaillé

un film à voir une fois

Note Finale

12,25 / 20

Allez plus loin

couverture2J’espère que cet article vous aura plu. Vous pouvez me dire ce que vous en avez pensé en vous inscrivant ici.

Vous recevrez en cadeau de bienvenue mon livre

« Tout ce qu’on ne vous apprendra jamais à l’école de cinéma »

(et qui est pourtant essentiel pour réussir.)

Bonne lecture !

Tenez moi au courant de vos progrès !

A très vite !


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