Critique film The Revenant

Published on avril 3rd, 2016 | by Marc

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The Revenant

Hugh Glass, un trappeur, est grièvement blessé après l’attaque d’un ours. Sous l’impulsion de Fidzgerald, un de ses coéquipiers, son groupe le laisse pour mort. Mais voilà, Hugh Glass refuse de mourir. Animé par l’Amour de son fils et par la vengeance, il va traverser la forêt inhospitalière pour se venger de Fidzgerald…

THE REVENANT est le 6ème film de Alejandro G. Inarritu. Il sort le 24 Février 2016 avec un budget de 135 000 000 $ et en a rapporté pour le moment 486 100 000 $. Le film a remporté 3 oscars, celui de la photographie, celui du meilleur comédien et celui de la mise en scène.

10 films notables sortis la même année : Steve Jobs, Batman VS Superman, Le Livre de la Jungle, SOS fantômes 3, Alice au pays des merveilles 2, le Monde de Dory, Independence Day 2,  Camping 3, Warcraft – le commencement, 8 Salopards

C’est parti pour le test.

Histoire

12 / 20

L’histoire est assez banale : le fils du héros se fait tuer sous ses yeux et alors que notre héros est affaibli, il regarde sans rien pouvoir faire. Les meurtriers le laissent à son désespoir convaincus que l’homme est moribond. Le héros, très vénère, va décider de se venger. Et c’est cette vengeance qui lui donnera la force de surmonter tous les obstacles.

Cette histoire est un classique du film de vengeance, tous les films de Van Damme des années 80-90 sont établis sur cette base, Van Damme à une copine, un frère, pote ou un Maître, il se fait défoncer, il est en colère, il va chercher à faire mordre la poussière aux meurtriers. Et pour cela il va devoir s’entraîner pour être à la hauteur de sa vengeance.

Un film comme « The Crow » de Proyas à quasiment la même base et à des ressemblance intéressante avec The Revenant. Eric Draven et sa copine se font attaquer par un groupe, il tue la copine et Eric. Mais ce dernier revient d’entre les morts pour se venger. C’est quasiment la même histoire que notre film.

Ce n’est donc clairement pas l’histoire du siècle, mais c’est pas non plus pourri, disons que nous avançons sur un terrain balisé, quand l’on sait que c’est tiré d’un livre de Mickael Punke, je me dis qu’il y a eu un gros travail sur la mise en scène, le scénario pour que le film sorte juste du lot. Mais ça nous aurons l’occasion d’en reparler.

Une histoire de vengeance rien de plus, rien de moins. 

Scénario

16 / 20

Et c’est là que le film prend son envol, car oui l’histoire est standard, mais attention le traitement !

Les personnages d’abord, ils sont très bien définis et bien choisis pour bien développer les thèmes abordés dans ce film. J’énumérai 5 personnages que je vois comme centraux dans le film.

  • Le héros, Hugh, qui est un trappeur, un chasseur, il est présenté immédiatement dans l’action et à l’écart du groupe.
  • Son fils, Hawk, qui est un amérindien. Il est également présenté à l’écart du groupe. Il représente ce qu’il y a de plus précieux pour le Héros, ayant perdu sa femme, son fils représente sa seule famille.
  • Fitzgerald qui est le principal antagoniste du film, c’est lui qui incarne le but du Héros, l’objet de convoitise, qu’il pourchassera implacablement durant les deux tiers du film, à savoir la vengeance.
  • Il y a enfin deux autres personnages qui sont secondaires, mais qui servent à développer les thèmes abordés : le capitaine et le rookie. Le capitaine Gleeson représente les valeurs de justice, de compassion et de solidarité.
  • Et enfin le rookie, Poulter, qui lui sera la conscience du groupe, et surtout de Fitzgerald, il représente les remords, l’innocence.

Voilà pour les personnages que l’on rencontre au départ du film.

Après une scène épique de bataille sur laquelle nous reviendrons pour parler de la mise en scène, le groupe du Héros se fait attaquer par les indiens qui les déciment quasi tous. Le début repose sur une structure de film de survie dont le but devient de quitter au plus vite cette maudite forêt et rejoindre le village le plus proche.

Un petit groupe parvient donc à s’enfuir à bord d’un bateau et suit la rivière. Scène qui n’est pas sans rappeler le film Délivrance. Là s’ensuit une discussion sur la démarche à suivre. Hugh, connaissant la forêt comme sa poche, est un peu le GPS du groupe, c’est lui qui doit décider de quelle est la démarche à suivre. Il opte pour une descente du bateau et couper à travers bois. Bien sûr c’est l’occasion pour une première opposition entre Hugh et Fitzgerald, celui ci pense qu’il est plus sûr de rester sur le bateau. Le capitaine tranche en la faveur de Hugh ce qui a pour but d’agacer Fitzgerald.

Le groupe pose le pied au sol et Fitzgerald peste contre la planète entière, il se plaint de sa paye (attrait pour l’argent) et décide de prendre comme bouc émissaire le fils de Hugh, Hawk. Il fait preuve d’un racisme à peine voilé, Hawk ne répond pas, mais les attaques se portent bientôt sur son père, qui reste également muet, Fitzgerald appuie sur le spectre de Hugh :  Hugh aurait tué un gradé. Son fils intervient, puis c’est le tour de Hugh mais pour stopper son fils. Le capitaine, toujours juste, intervient et stoppe ses hommes. Alors que Fitzgerald lâche l’affaire et se place dès lors comme l’adversaire de Hugh, ce dernier réprime son fils en lui disant qu’il ne doit pas intervenir. On sent alors un père dur avec son fils mais aimant, car bien sûr il souhaite son bien. Rapport entre les personnages se place.

Alors que la menace d’une nouvelle attaque des indiens plane, Hugh part à l’écart du groupe et tombe nez à nez avec un ours. L’attaque en plus d’être magistralement mise en scène, est le pivot du film. Le film bascule, plus rien ne sera jamais pareil. La scène est un trauma, elle a été faite et conçue pour ça. C’est l’équivalent de la scène du viol de Délivrance et de la scène de la douche de Psychose. A noter que Psychose et cette scène sont toutes deux traitées comme une scène de viol. Le personnage de Hugh s’en sort dans la douleur. Il est retrouvé inconscient par ses camarades. Anéanti physiquement, Fitzgerald laisse sous entendre qu’on ne peut plus rien faire pour lui. L’ensemble du groupe n’est pas de cet avis et surtout pas le capitaine qui décide de l’emmener avec eux. Fitzgerald est tout le temps dans l’opposition, c’est bien sûr là où on l’attend, mais c’est toujours fait à point nommé, et cet antagoniste est pour notre plus grand plaisir, détestable.

Alors qu’ils ont fabriqué une civière de fortune, ils peinent à transporter Hugh immobile et moribond. Au moment où le sol devient escarpé et verglacé, ils se rendent à l’évidence : ils ne parviendront pas jusqu’au village avec Hugh. Le capitaine décide donc, au lieu de laisser Hugh seul dans la forêt, de laisser des volontaires pour qu’une fois mort il est droit à une sépulture digne de ce nom. Les gars qui resteront avec lui auront un bonus financier. Hawk bien sûr décide de rester aux côtés de son père, et Poulter, le jeune rookie au grand cœur aussi. Mais ce qui est surprenant (bien que compréhensible d’un point de vue scénaristique) c’est que Fitzgerald décide de rester. On se dit il déteste Hugh, comment se fait il qu’il souhaite rester avec lui alors qu’il avait hâte de rentrer ? Il y a la paye bien sûr, on avait vu que c’était un personnage qui était vénale. D’un point de vue scénaristique on est sous pression car on sait que s’il reste c’est pour maintenir une pression constante sur le Héros, de plus une sorte de suspense se crée, on se doute que si Fitzgerald décidait de supprimer Hugh, ce n’est pas les deux petits jeunes qui l’en empêcheraient. Donc le choix de les laisser en petit comité avec l’antagoniste est une très bonne idée. La capitaine flairant l’éventualité que Fitzgerald se fasse justice pendant son absence lui met la pression en lui rappelant qu’il a donné sa parole et qu’il a intérêt à la respecter. Fitzgerald annonce qu’il respectera sa parole.

Le reste du groupe s’éloigne donc laissant les quatre trappeurs. Un jour passe et déjà Fitzgerald annonce qu’il n’y a plus rien à attendre de Hugh, autant le laisser. Les jeunes lui rappellent sa promesse. Mais les choses vont s’emballer lorsque les deux jeunes vont s’éloigner du camp, Fitzgerald reste seul avec Hugh. Fitzgerald s’adresse à Hugh en lui disant que tout ça ne rime à rien et que pour le bien du groupe et de son fils, il devrait mettre un terme à sa vie et que Fitzgerald est prêt à l’achever, mais qu’il ne peut pas prendre cette décision seul. Il lui demande d’acquiescer en clignant des yeux s’il est d’accord. Scène très intéressante car bien sûr qu’à un moment ou un autre il va cligner des yeux. Du coup Hugh résiste, avec Fitzgerald au dessus qui attend le fameux signe. C’est une belle scène de tension. Hugh finit finalement par cligner des yeux, mais pas de manière réflexe, comme s’il acceptait d’en finir, comme si, finalement, il acceptait le plan de l’adversaire. Ce dernier s’empresse de l’exécuter en lui plaque son mouchoir dans la bouche et en lui bouchant le nez. Scène insupportable de Hugh qui lutte malgré tout pour respirer. Arrive Hawk, le fils d’Hugh, qui intervient bien sûr immédiatement, Fitzgerald se défend en le frappant, Hawk hurle, Fitzgerald lui demande de se taire inquiet des indiens qui rôdent, mais Hawk ne l’écoute pas, Fitzgerald le poignarde à mort sous le regard de son père impuissant. C’est une sorte de Charybde en Scylla. Parfait, scène très traumatisante.

A partir de ce moment là le film passe du mode survie au mode vengeance. Une fois Hawk mort et mis à l’écart il y a une ellipse de plusieurs heures. Je m’arrêterai sur ce point. Le film jusqu’à présent est très rythmé et il n’y a pas de place à l’ennui. Reste une remarque que je n’ai pas pu m’expliquer autrement que comme étant une faute scénaristique : à ce stade là, Fitzgerald souhaite tuer Hugh, or il a été interrompu par Hawk. Ok. Mais lorsque l’ellipse arrive et qu’on retrouve Fitzgerald dans le camp rejoint par Poulder qu’est ce qu’on se dit ? On se dit : « Hugh est mort. » D’ailleurs, lorsque Poulder s’approche de Hugh, il dit qu’il est mal couvert, il lui touche le front et constate qu’il est glacial. On se dit : « c’est bien ça, Hugh est mort, à la fois seul avec Fitgerard il n’avait aucune chance. » Et là, surprise, Hugh ouvre les yeux, il n’est pas mort ! Pourquoi ? Je ne comprends pas pourquoi ? La seule réponse qui me vient, c’est : parce que sinon il n’y aurait plus de film si notre Héros venait à mourir. Ce qui est la pire des réponses, car ça implique que ce n’est plus l’histoire qui parle mais le scénariste… Je n’arrive pas à croire au sentiment de culpabilité qui atteindrait Fitzgerald du genre : « je viens de tuer son fils face à lui, je ne vais pas le tuer dans la foulée. » Car au contraire, il aurait tout intérêt à le faire ! Si jamais Hugh parvenait à communiquer, ça le mettrait dans une situation délicate.

Et c’est d’ailleurs ce qui manque pas de se passer, car Hugh qui a du mal à parler, essaye de prévenir Poulder. Ce qui précipite le plan de l’adversaire qui décide de réveiller Poulder au petit matin pour annoncer qu’il a vu une vingtaine d’indiens qui semble se diriger vers eux. Cas de conscience : doivent-ils abandonner ou non Hugh ? Il est clair qu’ils pourront jamais fuir avec le brancard et Fitzgerald joue là dessus. Mais doivent-ils rester et se battre pour protéger un homme mourant, ou fuir et l’abandonnant alors qu’il a peut être une chance de pouvoir s’en sortir ? Bien sûr Fitzgerald fait pencher la balance vers la fuite, et c’est des remords dans l’âme que Poulder abandonne Hugh. Nous restons seuls avec Hugh qui sait que les indiens vont venir et qui peut à peine se déplacer. Il va faire un effort surhumain et se diriger vers son fils mort. Il va rester avec lui. Une fois de plus, belle scène, dû au contexte bien sûr mais aussi à la performance de Di Caprio, nous aurons l’occasion d’y revenir.

Les scènes qui vont suivre vont être plus de l’ordre visuelles et sont difficilement descriptibles. Hugh va prendre sur lui et va réussir à se mouvoir. Il va échapper aux indiens, aux rapides, à la famine, c’est sa rage et sa détermination qui vont lui permettre d’avancer. C’est la rencontre avec l’autre antagoniste du film : la nature. Et chose intéressante, la nature est montrée tour à tour dangereuse, comme avec l’ours et les rapides, mais elle est aussi un allié parce qu’elle lui permet de se nourrir avec les baies et les animaux qu’il trouve, mais aussi elle lui permet avec les rapides de s’échapper des indiens. Et on trouve cette même dualité avec la présentation des indiens qui sont montrés lors de la première scène comme des guerriers impitoyables et dangereux, puis la scène d’après comme des êtres sensibles, tristes d’avoir perdus des semblables. Rien n’est unilatéral et je trouve que c’est une des forces de ce récit.

Pendant ce temps là, on voit une scène entre Fitzgerald et Poulder qui font échos aux thèmes abordés, c’est l’affrontement des valeurs : la survie du groupe vs la compassion et l’humanité. Poulder se rend compte que Fitzgerald a menti, Poulder culpabilise et laisse sous entendre qu’il en parlera lors de leur retour. Il menace même Fitzgerald avec une arme, mais voilà, ce n’est pas un guerrier et n’a pas le courage de tirer, il va se faire désarmer et Fitzgerald, lui, tire sur Poulder. Par chance, il n’y a pas de balle dans le fusil (ce que Fitzgerald ignorait) ce qui laisse entrapercevoir jusqu’où ce personnage est prêt à aller. Une fois qu’il comprend qu’il n’y a pas de balle, il dit qu’il a de la chance et termine : « remettons nous en chemin » comme si de rien. L’ambiance lors du voyage est posée.

Le passage après les rapides est un peu mou. Hugh se contente d’essayer de résister au froid et c’est un passage de quatre / cinq minutes qui me semble un peu long.

Le rythme reprend un peu lorsqu’il y a la rencontre avec un indien qui lui aussi est seul et qui a perdu ses proches. Ils vont se lier d’amitié. Belle leçon d’humanité sans pour autant tomber ans la morale à deux sous. On comprend ce qui se passe quasi sans dialogue.

Fitzgerald et Poulder rentrent au village, ils vont être accueillis par le Capitaine qui leur demande si tout s’est bien passé, en faisant allusion à Hugh. Fitzgerald affirme, bien sûr, que oui, et comme il est manipulateur, il valorise le rôle de Poulder pour acheter son silence. Le capitaine va chercher l’argent et les paye le supplément annoncé. Fitzgerald récupère la somme immédiatement mais pas Poulder. Il laissa l’argent et sort de la pièce. Une fois de plus le traitement du thème est bien mené et chaque scène en appelle une autre.

Notre héros avance avec son compagnon de fortune, ce dernier remarque que Hugh est blessé et lui annonce : « ton corps pourrit de l’intérieur ». Ce qu’on peut prendre au sens premier, les chairs sont en décomposition à cause de tes blessures mais aussi tes pensées de vengeance te pourrissent.

L’indien lui fait un rituel de guérison, notre héros à des visions qui permettent de comprendre son spectre : le meurtre du gradé. On comprend que c’est parce qu’il s’en prenait à sa famille. Notre héros se réveille le lendemain et ne retrouve pas immédiatement son collègue. Celui ci a été pendu par un autre groupe de trappeur. Hugh s’en rend compte et s’approche du camp dans le but de voler un cheval. Il aperçoit une indienne qui se fait violer par un trappeur, il interrompt le violeur et permet à l’indienne de se venger et de s’échapper. Hugh fait de même à dos de cheval.

Il sème les trappeur mais se fait prendre en chasse par un groupe d’indien, ce bien sûr est ironique, vu qu’il vient de sauver une des leurs. Il va être contraint de sauter du haut d’une falaise avec son cheval, se réceptionnant dans un sapin et s’écrasant au sol. Une fois de plus la dualité de la nature, la falaise qui est dangereuse mais le sapin qui lui permet de s’en sortir.

S’en suit une scène incroyable avec le cheval qui va servir à sauver le Héros. C’est un des thèmes de ce film, une vie pour en sauver une autre. Le cheval à travers sa mort permet de sauver le Héros. L’indien a permis de sauver Hugh de ses blessures mais est mort en retour, Hawk qui sauve son père mais qui meurt à la place et le gradé qui meurt pour sauver la vie de son fils.

Hugh arrive au village à la grande stupéfaction du groupe de trappeur et surtout face à l’inquiétude de Fitzgerald qui fuit en volant au passage l’argent du capitaine dont la plaque avait été judicieusement (et habilement) annoncée par un plan que l’on prenait pour de l’illustration alors qu’en fait c’était une annonce. Subtile.

C’est la dernière partie du film, le héros va traquer son ennemi de toujours. C’est une fois de plus une très bonne idée, la simplicité aurait été que notre héros arrive au village liquide l’antagoniste, générique de fin, c’est plié. C’est ce qui se passe dans un Van Damme dont nous parlions en comparaison avec ce film. Mais c’est sur des choix habiles que The Revenant se distance d’un film lambda de Vengeance. Ici, donc, contre toute attente, le final n’a pas lieu dans le village mais dans la nature qui est, je le rappelle, l’autre personnage centrale du récit. Notre héros part donc avec le capitaine à la chasse aux salauds.

Le capitaine se fait avoir par Fitzgerald afin de montrer que notre antagoniste, bien qu’en fuite, n’en reste pas moins dangereux. Hugh va alors utiliser une ruse pour l’approcher. Ruse qui marche bien, pour Fitzgerald mais aussi pour le spectateur qui tombent facilement dans le panneau. Reste que notre antagoniste a plus d’un tour dans son sac et bien que blessé il ne lâche pas l’affaire. La traque se poursuit et finit sur un duel, à l’ancienne, sur le bord de la rivière. Cet affrontement a quelque chose de pathétique et d’intemporel, c’est une lutte bestiale, brutal, sans filtre, virile.

Au moment d’en finir, Fitzgerald permet à Hugh d’avoir une révélation. C’est d’ailleurs souvent le job d’un bon antagoniste que de permettre au Héros de se dépasser et quoi de mieux qu’une révélation sur l’univers qui l’entour ? Hugh réalise qu’une fois sa vengeance accomplie il ne lui restera rien, son fils et sa femme ne reviendront pas. Hugh prend alors la décision de ne pas assouvir cette vengeance et de laisser le destin de Fitzgerald à quelqu’un d’autre.

Il laisse le corps dérivé et est récupéré par les indiens de l’autre côté de la rive lui régler son compte. On voit ensuite le corps de Fitzgerald dériver sur la rivière sous le regard d’Hugh. Ce qui illustre bien la citation de Mao : rien ne sert de s’énerver contre un ennemi, patiente le long de la rivière, et un jour tu verras son cadavre passer.

A noter que parmi les indiens se trouvaient l’indienne qu’Hugh a permit de sauver. Rien ne se perd, pas de scène gratuite et du coup l’idée du destin prend tout son sens, tout semble s’imbriquer parfaitement. C’est du beau travail.

A noter que le dernier plan, comme souvent chez Inarritu, ne sert à rien, pire il dessert le film. Le film aurait gagné à s’arrêter avant ce dernier plan qui embrouille la tête du spectateur inutilement, la messe est dite, inutile d’en rajouter.

Un très bon scénario qui donne du relief aux personnages, un bon rythme même si le début de la deuxième partie aurait mérité d’être resserrée. 

Lumière

17 / 20

Magnifique lumière ! Souvent entre chien et loup, la lumière est crépusculaire, les plans sont de toute beauté. Pour faire la lumière l’équipe s’imposait de ne pouvoir tourner qu’un certains nombres d’heures restreints dans la journée et ça se sent. La sensation qui s’en dégage c’est une lumière qui ne triche pas, très souvent les ciels sont refaits par infographie, où la lumière est passée par un gros coup d’étalonnage, mais ici si c’est le cas (et ça l’est certainement ne serait ce que pour donner un bon équilibrage entre chaque plan) c’est très bien fait. Emmanuel Lubezki a fait du très bon travail.

Un des grands points forts du film.

Direction comédien

17 / 20

Alors Léonardo Di Caprio oscar mérité ou pas ? Premièrement il le méritait bien avant ce film, deuxièmement il est très bon dans celui ci avec un petit (gros) plus qui n’est pas directement lié à l’interprétation mais à l’implication du comédien : il mouille la chemise !

Franchement, combien de comédien aurait accepté de ramper dans la neige sur plusieurs mètres, de dériver dans une rivière déchaînée, de se balader nu dans la neige ? Pas beaucoup je pense, et pas beaucoup de la stature de Di Caprio. Un jeune comédien pour se faire un nom aurait peut être accepté. Mais quand on est Di Caprio, on a plus rien à prouver, on pourrait se dire qu’il a déjà une superbe carrière et qu’il pourrait se reposer sur ses lauriers, et bien là non. Il repousse les limites du possible et rien que pour çà je dis bravo.

Grâce à son implication on rentre plus facilement dans le film, car elle contribue à faire sentir que ce n’est pas du chiqué, on est dans le réel. Alors ok pour l’implication, mais qu’en est-il du jeu maintenant ? J’ai lu par ci par là qu’il grimaçait à outrance et qu’il en faisait des caisses. D’abord je pense qu’il est difficile d’être mesuré lorsque l’on perd son fils et que l’on se fait déchiqueté par un ours. Le film est extrême, la réaction de Di Caprio est proportionnelle. Je pense qu’il est, comme très souvent, d’une justesse incroyable et qui plus est, j’insiste sur ce point, avec des conditions de tournage très difficiles. On pourrait se dire que ça peut l’aider à se mettre dedans, et dans une certaine mesure, c’est vrai, mais quand l’effort et la contrainte sont vraiment intenses, il est difficile de rester dans son personnage et de ne pas penser non plus en Hugh Glass, mais en Di Caprio qui rampe dans la neige et qui a hâte de rentrer à l’hôtel. Alors déjà il n’y avait pas d’hôtel, et ensuite, il reste dans son personnage. Donc oui, l’oscar il le méritait.

Pour les autres protagonistes, je retiendrai Tom Hardy, très très bon. C’est d’ailleurs ce qui fait que le film marche si bien, c’est que l’antagoniste est un bel enfoiré. Le type d’enfoiré que l’on aime détester. Et Tom Hardy enfile se rôle avec une incroyable justesse, il est bien sûr aidé par le scénario très bien écrit, mais les attitudes qu’il apporte, ce mélange de mâle alpha et de casse couille, est très bien il est idéal dans son interprétation et surtout méconnaissable. Je l’avais trouvé très très léger dans le rôle de Max dans Fury Road, mais ici il remonte dans mon estime et donne plutôt la sensation que c’est un comédien qui été mal servit par le rôle de Mad Max et que lorsque le rôle a de l’espace pour jouer, il sait se poser et prendre son rôle à bras le corps.

Pour le reste, c’est plus standard, pas de prouesse, chaque personnage va là où on les attend et surtout de la manière dont on les attend. Ce qui est déjà pas mal, mais qui n’est pas inoubliable.

Di Caprio incarne littéralement Hugh Glass et Tom Hardy est un parfait antagoniste, bien détestable. 

Mise en Scène

19 / 20

On m’avait dit Inarritu fait beaucoup de plan séquence, je m’étais dis : « ça y est il remet ça, il a eu un oscar pour Birdman, il croit à la recette miracle, il va nous faire que ça à partir de maintenant. » Une fois devant l’écran forcé de constater que ce n’est pas du tout ça. Inarritu réinvente son style, réinvente même les scènes d’action. Quelle puissance ! Quelle panache !

La scène d’attaque d’intro est une claque dans la figure ! Outre le fait que la lumière entre chien et loup a dû leur imposer de la tourner en plusieurs fois ce qui a dû être une contrainte terrible pour les raccords et l’énergie mise, c’est évident que ce n’est pas un réel plan séquence qu’il y a des raccords invisibilisés mais quel rythme ! Les comédiens courent dans tous les sens, ça tire et ça tombe partout, et la caméra dans tout ça ? Au millimètre, pas un heurt, le mouvement est propre, il prend le contre pied, des flemmards de la mise en scène qui consiste à prendre la caméra à l’épaule à gigoter comme un forcené, histoire de « donner du réel » et qui donne surtout la nausée en plus d’être économique à tourner parce qu’on ne voit rien et c’est rapide  à mettre en boite. Ici tout est lisible et c’est d’ailleurs une caractéristique de sa mise en scène durant tout le film c’est que tout est clair, on voit tout.

Et attention on est pas dans des plans séquences à la papa comme chez Haneke dans « caché » où la caméra est posée pendant 10 minutes sans bouger et où les critiques crient au génie sans savoir ce que ce mot implique, ici on est dans le plan séquence virtuose, la caméra passe d’un trappeur qui essaye de sauver entre les flèches qui pleuvent à un indien furieux que l’on suit côte à côte sur un cheval au galop qui va décapiter un type et tout ça en un plan ! C’est techniquement très impressionnant, c’est beau, c’est limpide, c’est du cinéma et ça c’est du génie !

Pendant la scène de bataille, Inarritu prend donc bien soin de rester lisible, et l’autre force de ce passage c’est que nous restons du point de vue des trappeurs, les indiens paraissent comme des créatures implacables, invisibles ou fugaces, qui frappent sans relâche nos héros. C’est très balaise d’arriver dans un plan séquence d’une scène de bataille qui a pour but de montrer la scène de combat en elle même ce qui semble la moindre des choses, mais arriver à suggérer un point de vue, je dis : balaise. Et le plus fort c’est qu’une fois la scène terminée, la caméra s’élève dans le ciel et retombe sur les fameux indiens et là, basculement complet du point de vue ! On est dans l’empathie des indiens qui pleurent leur mort. L’utilisation du plan unique pour ce passage est très bien vue, la mise en parallèle n’en est que plus forte. Et ce qu’arrive à faire Inarritu en un plan, il aura fallu deux films (pas terrible en plus) à Clint Eastwood pour y arriver dans « Mémoire de nos père » et « Lettre d’Iwo Jima ». Ici Inarritu nous dicte ce que nous devons penser, c’est lui le maître, et c’est un grand Maître.

La scène d’attaque de l’ours maintenant. De nouveau brillant, la scène privilégie les plans longs, mais le passage n’est pas qu’en plan séquence, il y a des cuts, sur les points de vue notamment. Cette scène fera date et sera étudiée dans les écoles de cinéma, inutile d’être un devin pour le savoir. Elle est intense, réelle et traumatisante. Elle est construite comme un viol, à l’instar de la scène de Délivrance dont elle est assez proche, déjà le plan séquence avait été privilégié à l’époque. Et pour une raison simple, c’est que le plan séquence peut générer le malaise, on a envie de détourner le visage, de passer à autre chose, mais impossible le plan continue de défiler sans échappatoire possible. On notera que la scène du viol de Bellucci dans « Irréversible » était également un plan séquence. Mais la différence majeure de la scène de l’ours des autres c’est que nous sommes très proches du visages de Di Caprio et de l’Ours lorsqu’il se penche vers lui (et donc vers nous). D’ailleurs l’idée lumineuse d’avoir utilisé un amplificateur que sont les feuilles lorsque l’ours respire proche du sol. Les feuilles décollent donnant de la puissance à l’ours et un réalisme saisissant.

Les scènes d’action sont bien sûr plus démonstratives et méritent d’être relevées et détaillées mais les scènes plus intimes sont tout autant maîtrisées. Comme le passage où Hugh rejoint le corps sans vie de son fils, ou les passages où Hugh sympathise avec son pote indien, tous ses passages sont filmés sans précaution particulière au niveau du cadre, on est pas dans du n’importe quoi non plus mais les plans font, intentionnellement, plus moment de vie, plan volé, que plan posé sur un storyboard comme l’est l’attaque de l’ours.

J’ai lu dans Slate que The Revenant était un mauvais film et que la mise en scène d’Inarritu ni fait ni à faire. Ces gens ne savent pas ce qu’est le cinéma, et ils le découvriront (peut être) dans plusieurs des années quand il sera un fait établi que ce film est un grand film et alors ils rougiront des propos délirants qu’ils ont tenu sur ce film. The Revenant est un chef d’oeuvre, dont la puissance revient en grande partie à Inarritu qui donne une leçon de mise en scène à tous ceux qui se prétendent réalisateur. La barre d’exigence vient subitement de monter d’un cran. Et l’oscar d’Inarritu est, pour le coup, parfaitement mérité.

Une leçon de mise en scène. 

Son

16 / 20

La musique est comme il est tendance de faire actuellement plus atmosphérique qu’avec un thème bien défini. Ce qui d’ailleurs très bien pour ce genre de film où l’ambiance sonore est primordiale. Et les ingés son ont fait un excellent boulot, on se croirait dans la forêt, chaque brindille, goutte d’eau est bruitée, c’est un travail de précision. Il y a longtemps qu’un tel niveau de travail n’a pas été mené. C’est du très bon travail.

Une composition atmosphérique qui matche bien avec le film et surtout une superbe nappe sonore des ingés son.

Direction artistique

15 / 20

Les costumes sont crédibles et les choix sont souvent pertinents. Tout est sale et humide, des visages aux vêtements. C’est donc plutôt bien rendu. Maintenant il n’y a pas de construction de décor à proprement parlé, il y a bien le village à la fin qui est dans le ton, mais le plus important décor en lui même reste la nature. Et les points naturels ont été très bien choisi. Il se dégage systématiquement une ambiance. Rien n’a été sélectionné au hasard. C’est du bon taf.

Petit aparté par rapport au travail de la com française, pourquoi avoir appelé ce film « the » revenant ? « le revenant » fonctionnait très bien. La même connotation fantomatique été présente déjà en anglais, les deux mots sont de vrais amis. Qu’est ce que ça leur coûtait de mettre « le » à la place du « the » que nous français avons, en plus, tant de mal à prononcer correctement. C’est encore cette volonté à tout crin de mettre les choses en anglais pour faire cool. Je trouve ça navrant et pour le coup, pas cool du tout.

Beau travail. 

Effets Spéciaux

17 / 20

Ce n’est pas un film axé sur les effets spéciaux, cependant il y a en a. La plupart des animaux sont numériques. L’ours bien sûr, mais aussi les bisons, j’ai un petit doute sur les sangliers que l’on croise dans le village abandonné, c’est dire que dans l’ensemble les effets sont très réussis. L’ours même si l’on peut sentir qu’il est faux fait très réaliste notamment grâce à la mise en scène et, entre autre,  de l’amplificateur des feuilles. Les bisons et le loup font un peu plus faux, mais c’est personnel et j’ai un œil exercé, je suis convaincu que le spectateur lambda croira que ce sont des vrais.

Il y a d’ailleurs d’autre effet, le cheval mort est très bien fait aussi, avec ses organes plus vrais que nature. Les cascades sont tops et les attaques d’indiens avec les flèches qui criblent les malheureux trappeur, sont très certainement numériques et fonctionnent à merveille.

Du très bon travail.

EN RESUME

THE REVENANT est  :

– le meilleur film d’Inarritu

– un film sur le deuil et la vengeance

– avec l’oscarisé Léonardo Di Caprio

– avec Tom Hardy en grande forme

– dotée de scènes très marquantes, dont l’attaque de l’ours

– dotée d’une magnifique photo signée Emmanuel Lubezki

– dotée d’effets spéciaux bluffants

– une claque pour tous les réalisateurs

– un chef d’oeuvre

un film à voir absolument.

Note Finale

16.1 / 20

The revenant

Allez plus loin

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« Tout ce qu’on ne vous apprendra jamais à l’école de cinéma »

(et qui est pourtant essentiel pour réussir.)

Bonne lecture !

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A très vite !


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One Response to The Revenant

  1. LightShiffer says:

    Article impeccable comme d’habitude. Vous auriez pu parler un peu plus de la référence à Terence Malik, mais sinon c’est bien.

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