Le Sens Caché du film Mother !

Mother ! est un film qui soulève beaucoup d’hypothèses sur le sens que le film pourrait avoir. Voici une analyse précise, qui est, d’après moi, la seule interprétation possible.  

Mother ! est le 7ème long métrage de Darren Aronofsky. Il sort 10 Septembre 2017 en Italie lors de la Mostra de Venise avec un budget de 30 M $, ce qui est en dessous que son précédent film Noé dont le budget culminait à 130 M $, en revanche Noé a rapporté 383.5 M $, là où Mother ! a actuellement engrangé 44.16 M $ faisant de Mother ! un film tout juste rentable mais qui n’est pas un échec commercial comme avait pu l’être The Fountain qui avait coûté 35 M $ et qui n’avait rapporté que 15 M $.

10 Films notables sortis la même année : Au revoir là haut, Valérian et la cité des milles planètes, Le sens de la fête, Dunkerque, Les heures sombres, Get-Out, Split, Les Gardiens de la Galaxy 2, Blade Runner 2049, Planète des singes III.

C’est parti pour l’analyse.

Les faits

Au démarrage du film,  il y a une maison qui semble renaître des flammes.

On suit ensuite un auteur qui essaye de créer un récit.

Sa femme est là pour l’aider à créer, elle met tout en œuvre pour que le héros puisse écrire de nouveau.

Arrive ensuite un homme bientôt rejoins par sa femme puis leurs fils qui vont importuner la femme de l’auteur et distraire l’auteur qui ne voit jamais le mal.

La femme du couple va s’entretenir avec la femme de l’auteur en lui disant qu’à priori si l’auteur ne couche pas avec elle, c’est qu’il y a un problème. Laissant sous entendre qu’il ne la désire pas.

Le couple gênant va s’introduire dans le bureau de l’auteur, alors que c’est interdit et ils brisent le cristal que l’auteur conservait précieusement.

Dès lors l’auteur les chasse et condamne la porte de son bureau.

La femme de l’auteur provoque l’auteur qui, une fois de plus, est fuyant quand elle lui fait des avances. Ils finissent alors par faire l’amour.

Alors que la femme de l’auteur annonce qu’elle est immédiatement enceinte, l’auteur lui, retrouve l’inspiration est crée, il écrit beaucoup.

Il y a de nouveau l’intrusion du couple dans la maison, suivit par leur fils qui se disputent. Un des fils est tué.

Le héros va emmener le fils mort à l’hôpital laissant la femme de l’auteur seul dans la maison.

Elle psycothe en essuyant le sang du frère et découvre que le sol est comme transpercé par le sang qui tombe dans la cave où il y a une porte dérobé donnant sur une chaufferie étrange.

Il y a une scène de deuil tous autour d’une table.

Alors que l’auteur a terminé son roman, il le fait lire à la femme de l’auteur qui est sur le point d’accoucher. Immédiatement après qu’elle lui est dit que c’est magnifique, il y a un coup de film de la maison d’édition qui lui dit que ce qu’il a écrit est fabuleux, la femme de l’auteur comprenant qu’il a déjà fait lire le roman alors qu’elle pensait qu’elle en avait la primeur.

Le soir même alors que c’est une soirée tranquille une centaine de personne font irruption dans la maison de l’auteur pour fêter la sortie du roman.

La femme de l’auteur le vit très mal, elle essaye de les contenir mais la gestion de la maison lui échappe.

La femme de l’auteur va accoucher, ils parviennent à s’isoler pour que l’enfant puisse venir au monde sereinement malgré l’empressement de l’auteur qui veut montrer son fils contre l’avis de sa femme.

Il finit par lui subtiliser alors qu’elle dort, l’enfant est montré par l’auteur à la foule qui finit par s’en saisir et l’étripe. La femme de l’auteur essaye d’intervenir mais se fait prendre à partie et se fait molester par la foule.

L’auteur la saisit et l’emmène dans la cave à côté de la chaufferie et il met le feu à la maison. Etrangement lui ne brule pas et il prend le corps calciné de la femme de l’auteur et prendre dans son ventre un cristal qu’il repose dans son bureau et toute la maison se régénère et l’auteur se réveille à côté d’une autre femme.

Sens et Profondeur

Maintenant que les faits ont été exposé, il faut rester pragmatique est résister à l’envie d’extrapoler sur certains éléments. Darren Aronowsky est un réalisateur baigné dans la culture catholique, il est donc normal qu’il y ait des allusions au créateur, à la création du monde, aux péchés, etc…

Mais ce ne sont que des influences, ce n’est pas le sens.

Le sens doit être basé sur des faits, sinon c’est une interprétation personnelle. Ici le personnage masculin principal est un auteur, jusque là c’est irréfutable, c’est dit tout au long du film.

La clef de la compréhension du film c’est le personnage principal féminin.

La femme de l’auteur

Ce personnage est l’inspiration, l’idée.

C’est d’ailleurs lourdement dit lors de la fête de la fin, lorsque l’éditrice vient la voir en disant : Ah, voici l’inspiratrice !

Si vous acceptez ça, tout coule de source. C’est le concept du film :

Comment se passerait la création d’une œuvre si c’était vu du point de vue de l’inspiration ?

Les indices :

  • La femme de l’auteur, l’inspiration, ne vit que pour l’auteur, elle n’a d’ailleurs que deux espoirs qui sont connectés : que l’auteur se remette à écrire et qu’il lui fasse un enfant. Ce qui, dans le cadre du film est la même chose.
  • La femme de l’auteur refait toute la décoration de la maison, ce qui est normal vu que c’est elle qui est à la source de ce nouveau projet. C’est elle qui crée le cadre de cette nouvelle histoire mais aussi le contexte pour que l’auteur puisse donner libre court à sa création. La maison pourrait alors considéré comme l’esprit de l’auteur, une partie de l’esprit consacrée à l’écriture.
  • Pour que l’auteur puisse écrire cette nouvelle histoire il doit bien sûr avoir l’inspiration, l’idée, mais aussi la considérer comme bonne pour aller plus loin. Donc on peut dire que l’auteur fleurte avec cette idée, mais pour qu’elle aboutisse (qu’il y ait un enfant) il faut qu’il fusionne avec elle, qu‘il épouse cette idée, symbolisé dans le film par le fait de faire l’amour. D’ailleurs le lendemain de la relation sexuelle, il y a un double synchronisme :

A la fois elle est convaincue d’être enceinte et lui se met à écrire.

  • Et si la femme de l’auteur est si inquiète par l’intrusion des gens dans le film, c’est qu’elle a peur qu’il soit détourné de l’idée d’origine (d’elle en fait) parce que s’il changeait d’avis, elle n’aurait plus de raison d’être. Ce qui explique pourquoi, elle est si inquiète mais aussi pourquoi elle ne le quitte jamais. Elle ne le peut pas, car une idée ne peut pas quitter la tête de celui qu’elle inspire sous peine de disparaître complètement.

Le couple bizarre du début

Il représente la distraction.

Quiconque à déjà écrit ou créer, sait que c’est un travail qui isole, on est content lorsqu’on a une idée, lorsqu’on a l’inspiration mais on est malgré tout seul, et ça peut être pesant.

Aussi il est parfois bon de prendre l’air un peu, de voir des amis, en un mot : de penser à autre chose.

Le risque c’est de toujours trouver une bonne raison pour ne pas se mettre au travail.

C’est d’ailleurs une des raisons qui est invoqué par l’auteur à un moment. Il trouve toujours une excuse pour que Ed Harris viennent chez eux. “Tu comprends il est malade, on pouvait pas le laisser dehors.”

On comprend que c’est quelqu’un qui est un vice, il fume, c’est un être que l’on sent toxique, et une fois de plus, il est vu du point de vue de l’inspiration et c’est normal que de son point de vue, il soit vu comme un danger. Plus le temps passe, plus l’auteur peut se lasser de son idée (d’elle) et passer à autre chose.

L’autre femme, Michelle Pfeiffer, incarne la distraction charnelle, mais aussi elle est génératrice de doute. Elle fait allusion à l’idée qu’elle n’est peut être pas si bonne que ça et que finalement l’auteur pourrait se passer d’elle.

On notera également que Ed Harris incarne également le fan, celui qui est là pour conforter l’auteur dans sa qualité d’écrivain. On peut imaginer que c’est alors une distraction que l’auteur prendrait pour flatter son égo.

Et on verra par la suite que c’est son point faible et que c’est ça qui causera sa perte.

C’est bien beau tout ça mais que symbolise dans ce cas le cristal posé religieusement dans le bureau de l’auteur ?

Le crystal

On a la réponse à la fin du film. On a compris que le film est une boucle, il commence là où il se termine.

On voit donc que le cristal émane du corps d’une jeune femme. On a bien vu qu’à la fin du film la jeune femme est différente de celle que nous avons vu tout du long du film (incarnée par Jennifer Lawrence). On peut donc en déduire que la femme avant Jennifer Lawrence était différente d’elle.

Et ce cristal symbolise le souvenir de l’ancienne idée.

Si vous avez déjà créé vous savez qu’une idée en chasse une autre mais pas tout le temps. Parfois on s’accroche à une vieille idée, on pense d’ailleurs qu’elle était excellente même si on sait qu’on arrivera rien à en faire, on a peur de la perdre donc on essaye de l’intégrer à la nouvelle alors qu’en réalité, la seule solution, c’est d‘en faire son deuil, même si, sur le moment, c’est douloureux.

Et c’est exactement ce qui se passe ici, il y a de nouveau un champ lexical de la mort à ce moment là. Le cristal est brisé par les distractions, il souffre. Il y a ensuite la mort du fils de la distraction, la femme de l’auteur qui en essuyant le sang se rapproche de la chaufferie (qui symbolisera la mort pour elle plus tard) et il y a même une messe funéraire.

S’en suit la naissance, parce que juste après il peut s’adonner à une nouvelle idée vu qu’il s’est libéré de l’ancienne.

Tout ceci est bien beau, mais néanmoins, il y a quelque chose qui cloche ! Si l’enfant en gestation est le symbole du livre à venir pourquoi le livre sort d’abord et l’enfant après ? ça ne colle pas !

Et effectivement, sur le moment, j’ai cru qu’il y avait une erreur de ma part (ou de l’auteur) parce que ce n’est pas cohérent.

En réalité c’est la dernière clef qu’il faut comprendre pour appréhender la fin du film.

Que fait l’auteur ?

Il donne la première version de son œuvre à son inspiratrice qui bien sûr est conquise vu que l’idée vient d’elle (c’est son enfant après tout !) mais une fois plus, on sait, en tant qu’auteur, que la première version d’une œuvre est toujours perfectible, qu’il faut encore un effort pour finaliser les imperfections.

Le problème c’est qu’immédiatement la maison d’édition l’appelle et lui dit que c’est fabuleux.

Ce qui sous tend que l’auteur se projette déjà dans ce que va lui apporter son œuvre (comme flatter son égo) sans se soucier de l’œuvre en elle même.

Et c’est une erreur fatale.

En gros il vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué. En effet l’œuvre n’est pas terminé.

Aussi lorsqu’il y a la fête qui se transforme en champ de bataille (de nouveau, la finalisation d’une œuvre est effectivement un champ de mine et il faut redoubler d’effort pour arriver au bout) le problème ici c’est que l’auteur n’est plus du tout dans l’effort, il est dans la gratification. Il a envie d’être aimé pour son œuvre, c’est pour ça que les gens l’adulent comme si c’était un dieu,.

Le problème c’est qu’à la réception le livre se fait détruire par la critique parce qu’il n’a pas eu le temps de murir assez et ce faisant il massacre par la même l’idée de base, à savoir l’inspiration (la femme de l’auteur qui est passée à tabac).

Arrivée à ce stade, tout est fichu, l’histoire est gaspillée, le projet est à jeter à la poubelle et tout est à refaire.

On met le feu et on recommence. Il est temps de trouver une nouvelle histoire. Et c’est pour cela qu’une nouvelle inspiratrice arrive.

La boucle est bouclée.

Bilan

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